Penthouse

Habiter dans un penthouse, c’est échapper à la gravité, c’est camper au sommet d’un village vertical directement connecté sur les voies célestes de communications planétaires actuelles, proche des hauts buildings du centre-ville, totems identitaires des civilisations urbaines. Avec les penthouses de la nouvelle génération, c’est une vue directe sur le village global d’un côté, et de l’autre, le glamour rassurant du skyline de la cité.

Le condominium en hauteur ou penthouse a été d’abord largement associé aux luxueux et discrets appartements avec terrasse plongeant sur les berges de la Seine ou à New York sur Central Park. Encore prestigieux, plus accessibles, les penthouse de la nouvelle génération ont ostensiblement inversé la direction de cette classique perspective de vue, tourné vers l’intérieur de la ville autour d’un fragment de nature qui la caractérise. En devenant une mode universelle, le penthouse s’est déplacé aux limites de la ville et a épousé le rêve optique de tribus urbaines en quête d’horizons planétaires. Les quais abandonnés de New York, Toronto ou Québec sont reconvertis en marina, et au delà des étendues d’eau ou de terre pour les villes continentales, c’est la vue vers le large qui est recherchée, l’infini. Le fait d’être régulièrement exposé à une belle vue apaise et procure du bonheur renouvelé à certains individus, comme une pause régulière dans la course folle d’aujourd’hui. La vie en altitude peut avoir une influence positive sur les gens à cause de l’abondance de lumière et des perspectives visuelles qui procurent un sentiment de liberté. D’autant plus que le fait d’avoir une vue panoramique donne l’impression de vivre dans un espace plus grand.

Des baies vitrées panoramiques intègrent cette ligne d’horizon au décor intérieur, qui flotte dans un ciel dégagé de la rumeur bruyante de la ville. Cette toile de fond imprimant la couleur des heures, des saisons et des climats, se transforme à la faveur de nos rêveries, en calme paysage aquatique scintillant où en chaînes montagneuses de nuages. Dialogue surréaliste et poétique avec un ciel scénique universellement partagé. Je pensais à ces gens qui habitent à San Francisco, Seattle, dans des belles et grandes maisons face à la mer, à l’océan en regardant un reportage sur les Bédouins du Mont Sinaï, qui sont des pêcheurs pauvres dont le seul luxe est de regarder la mer.

Le paradoxe de l’hyperluxe, c’est de rejoindre la plus grande simplicité sur terre en ayant comme seul dégagement le ciel ou l’eau. Les penthouse de la nouvelle génération sont enracinés dans une nature toujours proche, en contrebas. Le lac, le fleuve, la plaine, avec les collines et les arbres au loin, sont à l’orée de la ville autant d’items paysagés dont la perspective familière prolonge l’espace habitable qu’occupent des individus, soit des voyageurs, soit des gens provenant de grands espaces dégagés, voire de la banlieue verte.

À Panorama, sur l’Île des Sœurs, 50 % des clients pour les nouveaux penthouses proviennent déjà de condominiums avec large vue, et 30% arrivent de banlieues résidentielles (Laval et rive sud). Ceux qui arrivent des maisons unifamiliales cherchent l’ensoleillement et le calme, tous insistent sur l’aménagement paysager au sol avec piscine, protégé de l’extérieur par des rangées d’arbres épais. On veut retrouver quelque chose de soi-même, de son intimité, en même temps que l’on s’ouvre vers l’extérieur, exposé et protégé. La nature s’inscrit comme un décor en forme de villégiature et la vue donne directement sur l’étendue des paysages, dans un type d’habitat proche de la ville. Le dispositif panoramique du penthouse s’ouvre sur une avant-scène de loisirs et de plein air avec en arrière-plan l’infinité métaphorique de la planète dont l’histoire se déroule simultanément à l’intérieur sur de petits écrans via le numérique.

Aujourd’hui, dans les deux grandes tendances d’habitat, soit la maison victorienne soit le penthouse, on note que les personnes qui optent pour ce dernier sont moins sédentarisées, plus mobiles, et souvent branchées à la fois sur la ville, dont elles apprécient les potentialités économiques et culturelles, et le village planétaire avec lequel, au travers des affaires et des voyages, elles ne cessent de dialoguer. Cette architecture moderne épouse l’évolution des mœurs. Pas étonnant que cette communauté réactualise une forme villageoise d’habitat avec, comme à l’île des Sœurs, une place centrale située au 14e étage. Comme dans un petit village, les habitants s’y retrouvent avec leurs invités pour s’envoyer en l’air ou simplement profiter de la hauteur de vue qu’offre l’endroit. Cette disposition architecturale rejoint l’idée mythologique selon laquelle plus on s’élève plus la pensée devient claire.

Cette communauté futuriste respecte les équilibres naturels avec un mélange contrasté de générations, d’abord des jeunes professionnels branchés activement sur la ville qui apportent l’énergie de leurs projets, et ensuite de jeunes retraités encore très actifs et engagés dans une nouvelle forme de vie où le condominium devient un pied-à -terre entre deux voyages. Mélange de sagesse et d’activisme, comme dans une tribu primitive. Cette redistribution des âges autour de l’échange d’expériences et de valeurs communes (qui n’existe pas dans les maisons victoriennes) se retrouve au niveau de la sphère des relations privées. Les couples évoluent différemment, peut-être parce que ce type d’habitat nécessite un dialogue permanent sur l’aménagement de l’espace et du temps. L’agente immobilière indique ce que sont des couples « solides comme la roche ». Par rapport à une maison unifamiliale, il y a un recentrement sur soi-même et sur le couple dans un espace plus intime, avec la nécessité d’en retracer les frontières internes et d’en utiliser la polyvalence. Depuis la chambre d’invités se convertissant en bureau jusqu’aux larges espaces multifonctionnels dans la tradition d’un loft modernisé, plus structurant et plus confortable, mieux adapté à la clientèle du multimédia.

Cette capacité de jouer avec l’espace dénote une sensibilité au changement et une disponibilité au déplacement. Le penthouse évoque le voyage par son mode et son art de vivre universel, par sa vue flottante sur l’horizon du village planétaire. Il représente une forme d’habitat moderne, une halte pour des populations renouant avec des formes de pensée nomade et un mode de vie bohème.